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EDEM KODJO OU L’ART DE LA JONGLERIE

Révolution N°118 – Novembre 1990

Il ne fait aucun doute que les luttes engagées ces derniers mois par les masses populaires, et notamment la glorieuse journée du 05 octobre 1990, ont ouvert des perspectives nouvelles: celle de la marche irrésistible pour la conquête, par elles-mêmes et par ses propres forces de la liberté et de la démocratie dont elles ont une soif ardente, et pour la satisfaction de leur besoin de clarté et de transparence: «on ne peut plus nous tromper», criaient à juste titre les manifestants de cette mémorable journée. Cela signifie en clair, entre autres, plus de sujets tabous, plus de personnage intouchable ! Tout doit être passé au crible de la critique.

Nous y souscrivons volontiers, quant à nous, car c'est l’un des fondements de la démocratie. Et nous ne cesserons jamais de répéter qu’on ne peut progresser dans la confusion ni dans l’ambiguïté. C’est donc cette volonté de clarification sans complaisance, car nous croyons que c’est la seule attitude juste, qui nous conduit à aborder aujourd’hui les positions d’Edem KODJO, telles qu’elles sont développées dans l’interview accordée à Forum Hebdo du 13 novembre 1990. Mais voyons d’abord qui est Edouard KODJO. C’est un ancien élève de l’ENA, une grande école où sont formés de futurs hauts fonctionnaires français.

Nous ne lui connaissons aucune activité démocratique en France durant ses études. Bref, il ne s’est pas du tout «mouillé», contrairement à de nombreux étudiants de sa génération. A sa sortie de l’ENA, il s’est mis au service du régime en place. Il est en effet l’un de ces intellectuels technocrates, qui ont entouré EYADEMA à ses débuts, et qui, sous les slogans de «Réconciliation» de «New Deal», de «Nouvelle Marche» ont contribué à consolider son pouvoir. Nul n’ignore son apport décisif dans la fondation du RPT et dans l’Edification du Parti-Etat réactionnaire RPT.

Ce grand intellectuel n’a rien trouvé à redire face à la caporalisation de toutes les organisations démocratiques par les officines du pouvoir: RPT-MONESTO-CNTT -UNFT -UNCTT … ni devant les atteintes flagrantes aux droits démocratiques, ce que dénonçaient alors de courageux démocrates, notamment des étudiants, souvent au prix de leurs bourses d’études, parfois de leur liberté et même de leur vie. Ceux-là qu’il traitait alors d’irresponsables, de concert avec les autres dignitaires du régime. Il n’a rien trouvé à dire non plus au sujet des «morts par collapsus circulatoire» de 1970. Nous voulons parler d’OSSEYI et de ses compagnons.

«Très vite, il fallut se rendre à l’évidence», dit-il. Mais il ne nous dit pas quand cette évidence lui est apparue. Et il n’a pas pour autant démissionné avec éclat, un geste qui aurait été tout à son honneur, aurait sans doute provoqué un choc dans les masses, ouvert les yeux de quelques compatriotes trompés par la propagande mystificatrice du pouvoir sur SARAKAWA, «la lutte anti-impérialiste», l’indépendance économique, la «Révolution verte» etc. En tout cas, c’est plutôt EYADEMA qui l’a poussé dehors, non par suite de désaccords politiques, mais seulement de heurtes ambitions rivales. «Tout le monde peut se tromper » répète souvent notre intellectuel en guise de justification. Nous voulons bien l’admettre, et n’avons nulle envie de lui faire un procès d’intention. Aussi Bornerons-nous à donner notre point de vue sur les propositions qu’il formule à Partir de sa vision de la réalité, telle que cela apparaît dans cette fameuse interview.

a) « Le Grand Pardon », un avatar de l’Union et de Réconciliation.

«L’heure est venue de réaliser le grand pardon», affirme Edouard KODJO, qui fait de la «réconciliation de tous les Togolais» son cheval de bataille, auquel il veut rallier tous les compatriotes. Mais le «Grand Pardon» a un précédent dans l’histoire du Togo, tout comme la «Conférence Nationale» que l’on nous propose comme la panacée miracle, a aussi son précédent: la «Conférence de la Table Ronde» tenue par les quatre Partis politiques alors existant (ou reconstitués): le CUT , la JUVENTO , l’UDPT et MPT après le putsch militaire du 13 janvier 1963.

Edouard KODJO aurait rendu un immense service au Peuple togolais en expliquant pourquoi la Conférence de la Table Ronde et «l’Union et la Réconciliation» ont fini par accoucher du monstre qui est le Parti-Etat réactionnaire RPT, ce afin d'aiguiser sa vigilance. Il s’en est abstenu.

Deux faits d’importance majeure ont en effet marqué la politique d’Union et de Réconciliation et lui donnent tout son véritable sens.

- le premier, c’est l’irruption brutale de l’armée sur la scène politique, en tant que force politique autonome et organisée, non plus soumise au pouvoir politique civil mais au contraire commandant désormais ce dernier. Bref, une sorte d’Etat dans l’Etat qui détient la réalité du pouvoir, agissant à sa guise, et réduit ainsi l’union et la réconciliation à une coquille vide, et le jeu politique a des simples bavardages sans conséquence.

- le deuxième fait majeur, c’est le retour en force de l’impérialisme français à sa position d’impérialisme dominant, position qu’il avait perdue au profit des Etats-Unis et surtout de l’Allemagne, du fait des orientations politiques d'Olympio. C’était d’ailleurs l’objectif visé par le coup d’Etat du 13 janvier 1963. Les demi-soldes n’ont été que les instruments manipulés. Ce n’était pas par hasard que ces militaires sortis de l’armée française se sont adressés à un GRUNITZKY, l’homme sui ne respire que par et pour la France. Ce n’est pas un hasard si ces militaires se sont mis à critiquer l’isolement diplomatique du «gouvernement d’Olympio», sous prétexte que ce dernier n’a pas intégré notre pays aux groupements régionaux dominés par la France : le Conseil de l’Entente l’UAM.

Il faut bien tenir compte de ces éléments pour bien saisir ce qui se tramait derrière ce slogan «généreux» d’Union et Réconciliation ». Une manœuvre de l’impérialisme français, destinée à créer une sorte de consensus et sous son égide, autour de la situation créée par le coup d’Etat, à faire légitimer celui-ci, en y amenant les Partis réputés «nationalistes» et "anti-français" (CUT et JUVENTO surtout) à s’y compromettre, à servir de caution «démocratique». Et ces Partis n’ont pas pu résister : apeurés, effrayés par l’extrême brutalité de ces militaires, ils étaient déjà tout heureux de voir leur existence tolérée et étaient pour cela disposés à toutes les concessions possibles du moins une Partie de leur direction. Et par leur nature et leur organisation, ils n’avaient ni la volonté ni la capacité nécessaires pour mener leurs activités sans autorisation officielle. La naissance du Parti-Etat-RPT n’en était que la suite logique.

Telle était donc la signification véritable de ce slogan d’union et de réconciliation: un vrai marché de dupes. Et le Peuple togolais quant à lui n’était que le dindon de la farce. Edouard KODJO nous propose maintenant une sorte de nouvelle réconciliation générale de tous les Togolais, sous le signe cette fois d’un « Grand Pardon ». Face à cela, la réaction première de tout citoyen honnête qui sait ce à quoi a abouti « la politique d’Union et de Réconciliation inaugurée par GRUNITZKY » ne peut que se demander en quoi le « Grand Pardon » serait différent et donnerait un autre résultat. D’autant que demeuraient en place deux éléments essentiels et fort inquiétants:

- l’armée s’est encore considérablement renforcée par rapport aux années 60 ; elle n’a rien perdu de sa brutalité à l’égard du Peuple ni de son caractère de machine à réprimer, à terroriser, au service exclusif d’EYADEMA qui a éliminé entre-temps ses rivaux réels ou potentiels;

- le Parti réactionnaire RPT, Parti d’embrigadement qui dispose encore de beaucoup de moyens pour maintenir un grand nombre de compatriotes sous sa coupe (la pression, la corruption) et qui ne disparaîtra pas de lui-même ni ne changera de nature.

b) Le rachat des crimes d’EYADEMA contre le rétablissement du 27 avril

A toutes ces questions inquiétantes, Edouard KODJO n’apporte aucune réponse. Il ne les aborde même pas. Sa grande préoccupation, c’est de persuader l’autocrate de rétablir la commémoration du 27 avril et l’ancien hymne nationale. «Terre de nos Aïeux», de réhabiliter S. OLYMPIO. Pour faire bonne mesure, il demande également la réhabilitation de GRUNITZKY (déjà entreprise d’ailleurs par EYADEMA) et de DADJO.

A ce propos, nous voulons être clairs dans notre position. Le mouvement démocratique togolais, à Partir de 1960, a eu une attitude très critique à l’égard du régime Olympio. Cette attitude juste était dictée par l’évolution même du régime qui à bien des égards, annonçait déjà le Parti-Etat-RPT : domination de la vie politique par le Parti de l’Unité Togolaise, répression contre les autres Partis, y compris ceux qui ont lutté contre le colonialisme français, mise au pas des syndicats sous la poigne d’AKOUETE Paulin devenu ministre du Travail, arrestations et internements pour délit d’opposition, exercice solitaire du pouvoir… Mais il a toujours reconnu la valeur historique du 27 avril.

Le Parti Communiste est né à Partir du bilan qui a été fait du mouvement nationaliste et démocratique dans notre pays et dans ses mérites comme dans ses limites historiques… Son point de vue reprend pour une large part celui du mouvement démocratique sur son rôle historique et ses limites objectives, mais en l’approfondissant davantage. Et le Parti s’est toujours opposé aux falsifications grossières auxquelles se livrent EYADEMA et ses comparses. Contrairement à Edouard KODJO, nous pensons que le 13 janvier doit être à jamais effacé, comme jour néfaste dans notre histoire. Mais la lutte pour la réhabilitation du 27 avril, pour une plus juste appréciation du rôle d’OLYMPIO, et pour le rétablissement de «Terre de nos Aïeux» ne doit pas faire oublier l’essentiel: instruire le procès du régime autocratique actuel, le combattre résolument jusqu’au bout. Car à y voir de près, cela ne coûte pas grand chose à EYADEMA de satisfaire ces revendications surtout si cela lui vaut le Grand Pardon s’il garde la main mise sur les instruments qui font son pouvoir et lui permettent de continuer à réprimer les masses. Après tout, il n’a qu’à prendre exemple sur son confrère MOBUTU qui, à sa manière a lui aussi réhabilité LUMUMBA. Peut être Edouard KODJO ignore t-il ce détail.

En tout, dans son désir d’aller où le vent souffle, Edouard KODJO veut nous faire croire que la haine accumulée (à juste titre) à l’égard de l’autocrate et de son chef de file EYADEMA, se réduit à une révolte contre des déformations historiques, et ne réside nullement dans l’écœurement et l’exaspération face à la gestion chaotique et désastreuse des affaires du pays, face à la corruption généralisée, à l’insolence, à l’arrogance et au mépris des dignitaires repus, convaincus de leur impunité, devant la dégradation vertigineuse de leur condition de vie, devant leur détresse physique et morale, face à l’usage brutal de l’arme de la répression, à la cupidité de ce régime oppresseur. Il prétend même qu’il n’y a pas que du négatif sous la présidence du général Gnassingbé EYADEMA. Ce n’est pas en tout cas ce que répétaient les glorieux manifestants du 5 octobre.

En cette période historique ou tout devient et doit devenir plus tranché plus net, Edem KODJO lui veut toujours tout concilier et évite de prendre Parti ; « Présenter tout ce qui advint avant 1967 comme négatif est aussi sommaire que condamner à cent pour cent le régime qui préside depuis 1967 aux destinées. Aucun régime n’est totalement mauvais (même le régime nazi M. KODJO ?) ni entièrement bon ! ». M. KODJO agit ici en opportuniste, en homme sans principe, en politicard qui veut être bien vu de tous les bords ; aussi bien par les Partisans d’OLYMPIO que par ceux du régime actuel. Voilà pourquoi il veut éviter le bilan pourtant nécessaire du régime autocratique d’EYADEMA.

Qu’est-ce que la démocratie ?

C’est avant tout le pouvoir du Peuple par le Peuple. Les droits et libertés pour le Peuple en sont le corollaire: c’est notamment le droit pour le Peuple non seulement d’élire ses représentants et dirigeants, mais aussi le droit de contrôler leur gestion, y compris de destituer les représentants indignes. C’est pourquoi nous pensons, quant à nous, qu’un des premiers actes fondateurs du régime nouveau et démocratique à venir et en tant que symbole de la souveraineté populaire retrouvée, sera de charger la nouvelle représentation nationale démocratiquement élue, de demander des comptes aux responsables du Parti-Etat-RPT, de leur faire rendre gorge si nécessaire. Ce serait un acte de haute portée civique, une occasion pour inculquer au Peuple la notion du droit au contrôle de la gestion et des biens des responsables futurs et leur signifier que désormais ils ne doivent plus se considérer comme à l’abri. Ce serait un moyen sûr pour barrer la route à tous les gredins et filous du régime actuel et les empêcher de se couvrir du manteau d’opposant (en chantant à tue-tête la « Terre de nos Aïeux par exemple, ce qui ne leur coûte rien) pour venir pourrir le régime nouveau, et compromettre ainsi le changement.

C’est aussi un acte de justice social et de portée économique indéniable : récupérer les biens spoliés au Peuple, les milliards planqués à l’étranger pour élaborer une véritable politique de développement qui rompe avec le plan d’Ajustement structurel aux conséquences si néfastes pour les masses populaires puisqu’il livre davantage notre pays au pillage et à l’exploitation impérialiste. C’est un acte de justice tout court, qui empêcherait ces dignitaires enrichis sur le dos du Peuple, de continuer à le narguer, sûrs de leur impunité. Et puis dans toute société on admet que tout crime reçoive sa sanction. La politique et les pratiques du Part-Etat-RPT sont un varitable crime contre le Peuple. C’est aussi une occasion pour renforcer l’unité nationale, car cet acte, désignerait au Peuple ses véritables ennemis, une poignée d’individus de toutes origines ethniques qui ont mis le pays en coupe réglée et non pas telle ou telle ethnie, évitant ainsi que la haine légitime du Peuple ne dégénère en guerre inter-ethnique. Mais cet acte démocratique, solitaire par excellence, M. Edem KODJO le refuse sous prétexte du «Grand Pardon» ; au nom d’une réconciliation aux objectifs et au contenu et aux modalités des plus ambigus.

c) Edem KODJO, un semeur d’illusions

Ainsi, il lance un « appel pressant aux autorités religieuses, aux notabilités connues pour leur rigueur morale et leur probité intellectuelle ». Nous ne savons pas s’il inclut Mgr DOSSEH, le modérateur de l’Eglise Evangélique du Togo et l’Imam parmi ces personnalités. Mais nous osons quand même poser la question suivante, que peut-on attendre d’un archevêque qui n’a pas protesté quand de braves et courageux curés étaient vilipendés, traînés dans la boue, bastonnés pour avoir osé s’élever du haut de leur chaire, contre les excès du régime, mais a lâchement désavoué ces derniers ! D’un archevêque qui s’est tu quand les sbires se sont introduits de force dans une église pour perturber la cérémonie d’intronisation d’un évêque (en l’occurrence Mgr KPODZRO, qui n’avait pas l’air de plaire au maître) pour molester les fidèles togolais comme étrangers invités, au grand scandale de tous, Togolais et Africains, catholiques comme non catholiques ?

Que peut-on attendre de ce modérateur de l’Eglise Evangélique ou de cet Imam de l’UMT imposés de force voire manu militari par le despote ? Nous avons comme principe que les problèmes des diverses confessions religieuses ne relèvent ni de l’Etat ni des Partis politiques. Mais nous avons parfaitement le droit de donner notre point de vue, dès lors que des autorités religieuses sont appelées à intervenir dans la vie de la cité, dans le domaine politique. Et nous affirmons tout net : demander la caution de personnages aussi compromis avec le régime, des personnages qui ont couvert de leur autorité religieuse les cruautés et les turpitudes de l’autocratie (à moins qu’Edem KODJO ne pense à d’autres personnalités religieuses, auquel cas il lui apPartient de le préciser) n’est pas une garantie du sérieux de sa proposition. Et nous doutons fort que la réconciliation envisagée de cette manière ne puisse être autre chose qu’un nouveau marché de dupes.

Pour nous, le mot réconciliation revêt une signification bien précise : c’est l’union dans la lutte de tout le Peuple (qu’on a toujours cherché à diviser) pour en finir une fois pour toutes avec l’autocratie et son cortège d’horreurs. Son arme principale c’est la lutte, dont la glorieuse journée du 5 octobre 1990 a marqué un temps fort. Elle signifie que le Peuple togolais relève la tête et a battu en brèche le mythe du «Togolais éternellement peureux». En traitant EYADEMA de voleur et d’assassin, les manifestants traduisaient parfaitement la réalité et le sentiment de l’immense majorité de la population. Edem KODJO pense quant à lui que la journée du 5 octobre « mérite réflexion » tout au plus. Il la regrette presque. La réconciliation qu’il propose, c’est celle des bourreaux, des escrocs et de leurs victimes. Tout ce qu’il demande à ces criminels, c’est d’accepter le rétablissement de Terre de nos Aïeux, du 27 avril et la réhabilitation d’OLYMPIO. Avec la promesse de ne plus recommencer.

Décidément Edem KODJO préfère travestir la réalité plutôt que de la reconnaître. Ainsi pour tout observateur un peu sérieux, c’est le Peuple qui, par ses luttes, élargit ses espaces de liberté, conquiert la démocratie. Luttes pleines de sacrifices dont on peut rappeler quelques étapes: en 1977, arrestations massives de «professeurs égarés»; 1980, manifestation à Lomé du PCT (tracts, graffitis); 1985, arrestations pour «détention et distribution de tracts subversifs», et bien entendu la glorieuse journée du 5 octobre 1990 … en passant par la fondation de la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme. Nous mettons volontairement de côté les divers complots et attentats, car nous sommes par principe contre les putschs qui ne visent qu’à substituer une clique à une autre clique. Bref, pour Edem KODJO au contraire, c’est EYADEMA qui a donné le coup d’envoi de la démocratisation avec sa constitution et ses assemblées bidon! Edem KODJO fonde ses espoirs sur la bonne volonté de l’autocrate plutôt que sur la lutte du Peuple.

D’aucuns prétendent que des positions aussi ambiguës, une telle volonté de ménager le pouvoir autocratique seraient dictées par des considérations tactiques. Nous disons quant à nous, que toute considération tactique qui n’adopterait pas le langage de la vérité est dangereuse, car elle aboutit à semer des illusions au sein du Peuple et à lui réserver des réveils douloureux. En fait, le jeu de M. Edem KODJO ne peut tromper que les naïfs qu’il cherche surtout à rassembler autour de sa personne, une «majorité» allant des tenants du pouvoir autocratique actuel, préalablement rassuré par son «Grand Pardon», et les Partisans du rétablissement du 27 avril. Il veut se faire le porte-parole d'une majorité en vue des échéances futures, telles qu’il le souhaite, c’est-à-dire la Conférence Nationale où, grâce à des manœuvres opportunistes, il pourrait émerger, avec l’appui des médias impérialistes, comme «grand rassembleur», "personnalité modérée", "sans sectarisme", "raisonnable" et "d’expérience". Bref, il se «positionne» comme disent les politiciens bourgeois français, ses maîtres qui l’inspirent, le soutiennent et amplifient ses moindres positions et déclarations, dans le but de l’imposer à l’opinion comme alternative.

M. Edem KODJO considère le discours prononcé par EYADEMA le 30 octobre comme la décision d’ouverture du jeu politique: mais regrette que «celle-ci n’ait pas revêtu le caractère qu’une Conférence aurait dû avoir», avec au préalable l’amnistie générale, l’autorisation des Partis etc… Examinons un peu la solution qu’il envisage dans la fameuse Conférence Nationale qui lui est si «indispensable». Il propose une procédure des plus simples: il suffit dit-il, qu’un Comité indépendant formé d’hommes libres reconnus pour leur intégrité morale et leur probité intellectuelle soit constitué pour définir la tâche de la Conférence Nationale, à en fixer la durée et à statuer sur la Participation des assises. Une fois encore, Edem KODJO aligne de belles phrases qui ne veulent rien dire. En effet, un Comité indépendant par rapport à quoi ? Aussi bien du RPT que de l’opposition. De qui détiendra-t-il ses droits ? Se formera-t-il par cooptation, et selon quels critères? Mais qui sera l’initiateur et de quel droit ? Des hommes libres par rapport à quoi etc ? Il n’y a là rien que du flou.

Il n’est pas nécessaire d’être devin pour prévoir ce qui pourrait se passer si jamais cette Conférence se tient. De nombreux opportunistes se sentiront brusquement la vocation de fondateurs de Partis politiques, afin d’être représentés. Il va être naître ainsi une flopée de Partis politiques d’autant plus tonitruants que pas représentatif et sans programme sérieux, qui voudront occuper la scène. Cela va être un vaste grenouillage, un lieu de magouilles à l’infini, hors de la lutte réelle. Edem KODJO pourra-t-il manoeuvrer pour en sortir vainqueur?

Rien n’est moins sûr. N’oublions pas surtout que, grâce au fameux «Grand Pardon», EYADEMA et ses acolytes pourront disposer de tout le magot qu’ils ont accumulé après 23 ans de vol et de détournement au détriment du Peuple. Ils ne se priveront pas de s’en servir pour corrompre les gens encore peu conscients (ils sont encore nombreux), créer des RPT bis ou avec d’autres appellations, d’autant que « Tous les Togolais sans exception, de l’intérieur et de l’extérieur, doivent avoir la possibilité et la liberté d’apporter leur contribution et faire valoir leur point de vue par une Participation effective» dit Edem KODJO. Et il y a toujours l’armée dont Edem KODJO ne nous dit pas comment la Conférence peu la soustraire du commandement d’EYADEMA ni comment elle pourrait lui faire perdre sa vocation de force répressive anti-populaire.

Pour nous, ce n’est pas un hasard si, du Zaïre au Gabon, de la Côte d’Ivoire au Bénin, l’Ouverture démocratique ou la Conférence Nationale se sont toujours soldées par le maintien au pouvoir des autocrates devenus désormais intouchables grâce au «Jeu démocratique». Il n’y a d’ailleurs rien de nouveau. Le «multiPartisme» sénégalais est un exemple qui remonte déjà à plusieurs années. Inauguré par Senghor, il se poursuit avec Abdou DIOUF: le Parti dominant reste toujours au pouvoir, les multiples Partis d’opposition éternellement dans l’opposition jouant le rôle de caution démocratique pour un système qui, quant au fond, n’a pas changé.

Il n’y a qu’au Bénin que le même scénario ne risque pas de se répéter.

En effet, l’ensemble des forces démocratiques, qui ont porté leur travail d’organisation et de mobilisation à un degré supérieur, en s’unissant au sein d’une Convention du Peuple (Octobre 1988) a perçu à temps qu’une telle conférence visait en fait à entraver la montée des luttes (100.000 manifestants à Cotonou le 8 décembre 1989 ; Kérékou lapidé et battant en retraite, des affrontements portant dans le pays…), en transportant celles-ci sur le terrain de la discussion, en les entraînant vers le compromis. Des instructions précises avaient été données en ce sens par l’Elysée, qui furent interceptées et publiées.

Ainsi, ces forces non seulement se sont abstenues de Participer à cette Conférence évitant de se lier les mains, de se faire les complices de la démobilisation des masses face à ses ennemis, mais elles l’ont ouvertement dénoncée. Comme elles ont dénoncé l’un des maîtres d’œuvre de cette manigance, M. DOSSOU Robert, un proche collaborateur de l’autocrate KEREKOU et de longue date, venu se faire délivrer un certificat de démocratie à la faveur du dernier procès politique à Lomé. Chez nous les forces continuent leur travail méthodique d’organisation et de mobilisation en vue des affrontements décisifs futurs. Nous dirons seulement que les compatriotes ont tout intérêt à s’informer sur la situation réelle au Bénin.

Pour en finir avec Edem KODJO, nous constatons avec une grande satisfaction que la vie dans sa réalité est en train de mettre en pièces sa belle construction politique, de déjouer tous ses plans; d’une part le pouvoir autocratique, par sa pratique de tous les jours (et il est encore en train d’en administrer la preuve notamment à Bè, à Tsévié, à Sokodé, à Mango… où ses hordes armées se sont déchaînées contre les travailleurs et le Peuple) qui n’entend dialoguer qu’avec un Peuple soumis, esclave ; mais d’autre part, le Peuple qui se redresse, répond au coup pour coup et se convainc de plus en plus, de par sa propre expérience, que les acquis qu’il a pu obtenir sont le résultat de luttes sur le terrain. Et il ne fait aucun doute que M. Edem KODJO sera très bientôt dépassé par les faits, s’il ne l’est déjà. Pour le plus grand bien du Peuple togolais !


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