EDEM KODJO OU LART DE LA JONGLERIE
Révolution N°118 Novembre 1990
Il ne fait aucun doute que les luttes engagées ces derniers mois
par les masses populaires, et notamment la glorieuse journée du 05
octobre 1990, ont ouvert des perspectives nouvelles: celle de la marche
irrésistible pour la conquête, par elles-mêmes et par
ses propres forces de la liberté et de la démocratie dont
elles ont une soif ardente, et pour la satisfaction de leur besoin de clarté
et de transparence: «on ne peut plus nous tromper», criaient
à juste titre les manifestants de cette mémorable journée.
Cela signifie en clair, entre autres, plus de sujets tabous, plus de personnage
intouchable ! Tout doit être passé au crible de la critique.
Nous y souscrivons volontiers, quant à nous, car c'est lun
des fondements de la démocratie. Et nous ne cesserons jamais de répéter
quon ne peut progresser dans la confusion ni dans lambiguïté.
Cest donc cette volonté de clarification sans complaisance,
car nous croyons que cest la seule attitude juste, qui nous conduit
à aborder aujourdhui les positions dEdem KODJO, telles
quelles sont développées dans linterview accordée
à Forum Hebdo du 13 novembre 1990. Mais voyons dabord
qui est Edouard KODJO. Cest un ancien élève de
lENA, une grande école où sont formés
de futurs hauts fonctionnaires français.
Nous ne lui connaissons aucune activité démocratique en France
durant ses études. Bref, il ne sest pas du tout «mouillé»,
contrairement à de nombreux étudiants de sa génération.
A sa sortie de lENA, il sest mis au service du régime
en place. Il est en effet lun de ces intellectuels technocrates, qui
ont entouré EYADEMA à ses débuts, et qui, sous les
slogans de «Réconciliation» de «New Deal»,
de «Nouvelle Marche» ont contribué à consolider
son pouvoir. Nul nignore son apport décisif dans la fondation
du RPT et dans lEdification du Parti-Etat réactionnaire RPT.
Ce grand intellectuel na rien trouvé à redire face à
la caporalisation de toutes les organisations démocratiques par les
officines du pouvoir: RPT-MONESTO-CNTT -UNFT -UNCTT
ni devant
les atteintes flagrantes aux droits démocratiques, ce que dénonçaient
alors de courageux démocrates, notamment des étudiants, souvent
au prix de leurs bourses détudes, parfois de leur liberté
et même de leur vie. Ceux-là quil traitait alors dirresponsables,
de concert avec les autres dignitaires du régime. Il na rien
trouvé à dire non plus au sujet des «morts par collapsus
circulatoire» de 1970. Nous voulons parler dOSSEYI et de ses
compagnons.
«Très vite, il fallut se rendre à lévidence»,
dit-il. Mais il ne nous dit pas quand cette évidence lui est apparue.
Et il na pas pour autant démissionné avec éclat,
un geste qui aurait été tout à son honneur, aurait
sans doute provoqué un choc dans les masses, ouvert les yeux de quelques
compatriotes trompés par la propagande mystificatrice du pouvoir
sur SARAKAWA, «la lutte anti-impérialiste», lindépendance
économique, la «Révolution verte» etc.
En tout cas, cest plutôt EYADEMA qui la poussé
dehors, non par suite de désaccords politiques, mais seulement de
heurtes ambitions rivales. «Tout le monde peut se tromper »
répète souvent notre intellectuel en guise de justification.
Nous voulons bien ladmettre, et navons nulle envie de lui faire
un procès dintention. Aussi Bornerons-nous à donner
notre point de vue sur les propositions quil formule à Partir
de sa vision de la réalité, telle que cela apparaît
dans cette fameuse interview.
a) « Le Grand Pardon », un avatar de lUnion et de Réconciliation.
«Lheure est venue de réaliser le grand pardon»,
affirme Edouard KODJO, qui fait de la «réconciliation
de tous les Togolais» son cheval de bataille, auquel il veut rallier
tous les compatriotes. Mais le «Grand Pardon» a un précédent
dans lhistoire du Togo, tout comme la «Conférence Nationale»
que lon nous propose comme la panacée miracle, a aussi son
précédent: la «Conférence de la Table Ronde»
tenue par les quatre Partis politiques alors existant (ou reconstitués):
le CUT , la JUVENTO , lUDPT et MPT après le putsch militaire
du 13 janvier 1963.
Edouard KODJO aurait rendu un immense service au Peuple togolais en expliquant
pourquoi la Conférence de la Table Ronde et «lUnion et
la Réconciliation» ont fini par accoucher du monstre qui est
le Parti-Etat réactionnaire RPT, ce afin d'aiguiser sa vigilance.
Il sen est abstenu.
Deux faits dimportance majeure ont en effet marqué
la politique dUnion et de Réconciliation et lui donnent tout
son véritable sens.
- le premier, cest lirruption brutale de larmée
sur la scène politique, en tant que force politique autonome et organisée,
non plus soumise au pouvoir politique civil mais au contraire commandant
désormais ce dernier. Bref, une sorte dEtat dans lEtat
qui détient la réalité du pouvoir, agissant à
sa guise, et réduit ainsi lunion et la réconciliation
à une coquille vide, et le jeu politique a des simples bavardages
sans conséquence.
- le deuxième fait majeur, cest le retour en force de
limpérialisme français à sa position dimpérialisme
dominant, position quil avait perdue au profit des Etats-Unis et surtout
de lAllemagne, du fait des orientations politiques d'Olympio. Cétait
dailleurs lobjectif visé par le coup dEtat du 13
janvier 1963. Les demi-soldes nont été que les instruments
manipulés. Ce nétait pas par hasard que ces militaires
sortis de larmée française se sont adressés à
un GRUNITZKY, lhomme sui ne respire que par et pour la France. Ce
nest pas un hasard si ces militaires se sont mis à critiquer
lisolement diplomatique du «gouvernement dOlympio»,
sous prétexte que ce dernier na pas intégré notre
pays aux groupements régionaux dominés par la France : le
Conseil de lEntente lUAM.
Il faut bien tenir compte de ces éléments pour bien saisir
ce qui se tramait derrière ce slogan «généreux»
dUnion et Réconciliation ». Une manuvre de limpérialisme
français, destinée à créer une sorte de consensus
et sous son égide, autour de la situation créée par
le coup dEtat, à faire légitimer celui-ci, en y amenant
les Partis réputés «nationalistes» et "anti-français"
(CUT et JUVENTO surtout) à sy compromettre, à servir
de caution «démocratique». Et ces Partis nont pas
pu résister : apeurés, effrayés par lextrême
brutalité de ces militaires, ils étaient déjà
tout heureux de voir leur existence tolérée et étaient
pour cela disposés à toutes les concessions possibles du moins
une Partie de leur direction. Et par leur nature et leur organisation, ils
navaient ni la volonté ni la capacité nécessaires
pour mener leurs activités sans autorisation officielle. La naissance
du Parti-Etat-RPT nen était que la suite logique.
Telle était donc la signification véritable de ce slogan dunion
et de réconciliation: un vrai marché de dupes. Et le Peuple
togolais quant à lui nétait que le dindon de la farce.
Edouard KODJO nous propose maintenant une sorte de nouvelle réconciliation
générale de tous les Togolais, sous le signe cette fois dun
« Grand Pardon ». Face à cela, la réaction première
de tout citoyen honnête qui sait ce à quoi a abouti «
la politique dUnion et de Réconciliation inaugurée par
GRUNITZKY » ne peut que se demander en quoi le « Grand Pardon
» serait différent et donnerait un autre résultat. Dautant
que demeuraient en place deux éléments essentiels et fort
inquiétants:
- larmée sest encore considérablement renforcée
par rapport aux années 60 ; elle na rien perdu de sa brutalité
à légard du Peuple ni de son caractère de machine
à réprimer, à terroriser, au service exclusif dEYADEMA
qui a éliminé entre-temps ses rivaux réels ou potentiels;
- le Parti réactionnaire RPT, Parti dembrigadement qui dispose
encore de beaucoup de moyens pour maintenir un grand nombre de compatriotes
sous sa coupe (la pression, la corruption) et qui ne disparaîtra pas
de lui-même ni ne changera de nature.
b) Le rachat des crimes dEYADEMA contre le rétablissement
du 27 avril
A toutes ces questions inquiétantes, Edouard KODJO napporte
aucune réponse. Il ne les aborde même pas. Sa grande préoccupation,
cest de persuader lautocrate de rétablir la commémoration
du 27 avril et lancien hymne nationale. «Terre de nos Aïeux»,
de réhabiliter S. OLYMPIO. Pour faire bonne mesure, il demande également
la réhabilitation de GRUNITZKY (déjà entreprise
dailleurs par EYADEMA) et de DADJO.
A ce propos, nous voulons être clairs dans notre position. Le mouvement
démocratique togolais, à Partir de 1960, a eu une attitude
très critique à légard du régime Olympio.
Cette attitude juste était dictée par lévolution
même du régime qui à bien des égards, annonçait
déjà le Parti-Etat-RPT : domination de la vie politique par
le Parti de lUnité Togolaise, répression contre les
autres Partis, y compris ceux qui ont lutté contre le colonialisme
français, mise au pas des syndicats sous la poigne dAKOUETE
Paulin devenu ministre du Travail, arrestations et internements pour délit
dopposition, exercice solitaire du pouvoir
Mais il a toujours
reconnu la valeur historique du 27 avril.
Le Parti Communiste est né à Partir du bilan qui a été
fait du mouvement nationaliste et démocratique dans notre pays et
dans ses mérites comme dans ses limites historiques
Son point
de vue reprend pour une large part celui du mouvement démocratique
sur son rôle historique et ses limites objectives, mais en lapprofondissant
davantage. Et le Parti sest toujours opposé aux falsifications
grossières auxquelles se livrent EYADEMA et ses comparses. Contrairement
à Edouard KODJO, nous pensons que le 13 janvier doit être à
jamais effacé, comme jour néfaste dans notre histoire. Mais
la lutte pour la réhabilitation du 27 avril, pour une plus juste
appréciation du rôle dOLYMPIO, et pour le rétablissement
de «Terre de nos Aïeux» ne doit pas faire oublier lessentiel:
instruire le procès du régime autocratique actuel, le combattre
résolument jusquau bout. Car à y voir de près,
cela ne coûte pas grand chose à EYADEMA de satisfaire ces revendications
surtout si cela lui vaut le Grand Pardon sil garde la main mise sur
les instruments qui font son pouvoir et lui permettent de continuer à
réprimer les masses. Après tout, il na quà
prendre exemple sur son confrère MOBUTU qui, à sa manière
a lui aussi réhabilité LUMUMBA. Peut être Edouard KODJO
ignore t-il ce détail.
En tout, dans son désir daller où le vent souffle, Edouard
KODJO veut nous faire croire que la haine accumulée (à juste
titre) à légard de lautocrate et de son chef de
file EYADEMA, se réduit à une révolte contre des déformations
historiques, et ne réside nullement dans lécurement
et lexaspération face à la gestion chaotique et désastreuse
des affaires du pays, face à la corruption généralisée,
à linsolence, à larrogance et au mépris
des dignitaires repus, convaincus de leur impunité, devant la dégradation
vertigineuse de leur condition de vie, devant leur détresse physique
et morale, face à lusage brutal de larme de la répression,
à la cupidité de ce régime oppresseur. Il prétend
même quil ny a pas que du négatif sous la présidence
du général Gnassingbé EYADEMA. Ce nest pas en
tout cas ce que répétaient les glorieux manifestants du 5
octobre.
En cette période historique ou tout devient et doit devenir plus
tranché plus net, Edem KODJO lui veut toujours tout concilier et
évite de prendre Parti ; « Présenter tout ce qui advint
avant 1967 comme négatif est aussi sommaire que condamner à
cent pour cent le régime qui préside depuis 1967 aux destinées.
Aucun régime nest totalement mauvais (même le régime
nazi M. KODJO ?) ni entièrement bon ! ». M. KODJO agit ici
en opportuniste, en homme sans principe, en politicard qui veut être
bien vu de tous les bords ; aussi bien par les Partisans dOLYMPIO
que par ceux du régime actuel. Voilà pourquoi il veut éviter
le bilan pourtant nécessaire du régime autocratique dEYADEMA.
Quest-ce que la démocratie ?
Cest avant tout le pouvoir du Peuple par le Peuple. Les droits et
libertés pour le Peuple en sont le corollaire: cest notamment
le droit pour le Peuple non seulement délire ses représentants
et dirigeants, mais aussi le droit de contrôler leur gestion, y
compris de destituer les représentants indignes. Cest pourquoi
nous pensons, quant à nous, quun des premiers actes fondateurs
du régime nouveau et démocratique à venir et en tant
que symbole de la souveraineté populaire retrouvée, sera
de charger la nouvelle représentation nationale démocratiquement
élue, de demander des comptes aux responsables du Parti-Etat-RPT,
de leur faire rendre gorge si nécessaire. Ce serait un acte de
haute portée civique, une occasion pour inculquer au Peuple la
notion du droit au contrôle de la gestion et des biens des responsables
futurs et leur signifier que désormais ils ne doivent plus se considérer
comme à labri. Ce serait un moyen sûr pour barrer la
route à tous les gredins et filous du régime actuel et les
empêcher de se couvrir du manteau dopposant (en chantant à
tue-tête la « Terre de nos Aïeux par exemple, ce qui
ne leur coûte rien) pour venir pourrir le régime nouveau,
et compromettre ainsi le changement.
Cest aussi un acte de justice social et de portée économique
indéniable : récupérer les biens spoliés au
Peuple, les milliards planqués à létranger
pour élaborer une véritable politique de développement
qui rompe avec le plan dAjustement structurel aux conséquences
si néfastes pour les masses populaires puisquil livre davantage
notre pays au pillage et à lexploitation impérialiste.
Cest un acte de justice tout court, qui empêcherait ces dignitaires
enrichis sur le dos du Peuple, de continuer à le narguer, sûrs
de leur impunité. Et puis dans toute société on admet
que tout crime reçoive sa sanction. La politique et les pratiques
du Part-Etat-RPT sont un varitable crime contre le Peuple. Cest
aussi une occasion pour renforcer lunité nationale, car cet
acte, désignerait au Peuple ses véritables ennemis, une
poignée dindividus de toutes origines ethniques qui ont mis
le pays en coupe réglée et non pas telle ou telle ethnie,
évitant ainsi que la haine légitime du Peuple ne dégénère
en guerre inter-ethnique. Mais cet acte démocratique, solitaire
par excellence, M. Edem KODJO le refuse sous prétexte du «Grand
Pardon» ; au nom dune réconciliation aux objectifs
et au contenu et aux modalités des plus ambigus.
c) Edem KODJO, un semeur dillusions
Ainsi, il lance un « appel pressant aux autorités religieuses,
aux notabilités connues pour leur rigueur morale et leur probité
intellectuelle ». Nous ne savons pas sil inclut Mgr DOSSEH,
le modérateur de lEglise Evangélique du Togo et lImam
parmi ces personnalités. Mais nous osons quand même poser
la question suivante, que peut-on attendre dun archevêque
qui na pas protesté quand de braves et courageux curés
étaient vilipendés, traînés dans la boue, bastonnés
pour avoir osé sélever du haut de leur chaire, contre
les excès du régime, mais a lâchement désavoué
ces derniers ! Dun archevêque qui sest tu quand les
sbires se sont introduits de force dans une église pour perturber
la cérémonie dintronisation dun évêque
(en loccurrence Mgr KPODZRO, qui navait pas lair de
plaire au maître) pour molester les fidèles togolais comme
étrangers invités, au grand scandale de tous, Togolais et
Africains, catholiques comme non catholiques ?
Que peut-on attendre de ce modérateur de lEglise Evangélique
ou de cet Imam de lUMT imposés de force voire manu militari
par le despote ? Nous avons comme principe que les problèmes des
diverses confessions religieuses ne relèvent ni de lEtat
ni des Partis politiques. Mais nous avons parfaitement le droit de donner
notre point de vue, dès lors que des autorités religieuses
sont appelées à intervenir dans la vie de la cité,
dans le domaine politique. Et nous affirmons tout net : demander la caution
de personnages aussi compromis avec le régime, des personnages
qui ont couvert de leur autorité religieuse les cruautés
et les turpitudes de lautocratie (à moins quEdem KODJO
ne pense à dautres personnalités religieuses, auquel
cas il lui apPartient de le préciser) nest pas une garantie
du sérieux de sa proposition. Et nous doutons fort que la réconciliation
envisagée de cette manière ne puisse être autre chose
quun nouveau marché de dupes.
Pour nous, le mot réconciliation revêt une signification
bien précise : cest lunion dans la lutte de tout le
Peuple (quon a toujours cherché à diviser) pour en
finir une fois pour toutes avec lautocratie et son cortège
dhorreurs. Son arme principale cest la lutte, dont la glorieuse
journée du 5 octobre 1990 a marqué un temps fort. Elle signifie
que le Peuple togolais relève la tête et a battu en brèche
le mythe du «Togolais éternellement peureux». En traitant
EYADEMA de voleur et dassassin, les manifestants traduisaient parfaitement
la réalité et le sentiment de limmense majorité
de la population. Edem KODJO pense quant à lui que la journée
du 5 octobre « mérite réflexion » tout au plus.
Il la regrette presque. La réconciliation quil propose, cest
celle des bourreaux, des escrocs et de leurs victimes. Tout ce quil
demande à ces criminels, cest daccepter le rétablissement
de Terre de nos Aïeux, du 27 avril et la réhabilitation dOLYMPIO.
Avec la promesse de ne plus recommencer.
Décidément Edem KODJO préfère travestir
la réalité plutôt que de la reconnaître. Ainsi
pour tout observateur un peu sérieux, cest le Peuple qui,
par ses luttes, élargit ses espaces de liberté, conquiert
la démocratie. Luttes pleines de sacrifices dont on peut rappeler
quelques étapes: en 1977, arrestations massives de «professeurs
égarés»; 1980, manifestation à Lomé
du PCT (tracts, graffitis); 1985, arrestations pour «détention
et distribution de tracts subversifs», et bien entendu la glorieuse
journée du 5 octobre 1990
en passant par la fondation de
la Ligue Togolaise des Droits de lHomme. Nous mettons volontairement
de côté les divers complots et attentats, car nous sommes
par principe contre les putschs qui ne visent quà substituer
une clique à une autre clique. Bref, pour Edem KODJO au contraire,
cest EYADEMA qui a donné le coup denvoi de la démocratisation
avec sa constitution et ses assemblées bidon! Edem KODJO fonde
ses espoirs sur la bonne volonté de lautocrate plutôt
que sur la lutte du Peuple.
Daucuns prétendent que des positions aussi ambiguës,
une telle volonté de ménager le pouvoir autocratique seraient
dictées par des considérations tactiques. Nous disons quant
à nous, que toute considération tactique qui nadopterait
pas le langage de la vérité est dangereuse, car elle aboutit
à semer des illusions au sein du Peuple et à lui réserver
des réveils douloureux. En fait, le jeu de M. Edem KODJO ne peut
tromper que les naïfs quil cherche surtout à rassembler
autour de sa personne, une «majorité» allant des tenants
du pouvoir autocratique actuel, préalablement rassuré par
son «Grand Pardon», et les Partisans du rétablissement
du 27 avril. Il veut se faire le porte-parole d'une majorité en
vue des échéances futures, telles quil le souhaite,
cest-à-dire la Conférence Nationale où, grâce
à des manuvres opportunistes, il pourrait émerger,
avec lappui des médias impérialistes, comme «grand
rassembleur», "personnalité modérée",
"sans sectarisme", "raisonnable" et "dexpérience".
Bref, il se «positionne» comme disent les politiciens bourgeois
français, ses maîtres qui linspirent, le soutiennent
et amplifient ses moindres positions et déclarations, dans le but
de limposer à lopinion comme alternative.
M. Edem KODJO considère le discours prononcé par EYADEMA
le 30 octobre comme la décision douverture du jeu politique:
mais regrette que «celle-ci nait pas revêtu le caractère
quune Conférence aurait dû avoir», avec au préalable
lamnistie générale, lautorisation des Partis
etc
Examinons un peu la solution quil envisage dans la fameuse
Conférence Nationale qui lui est si «indispensable».
Il propose une procédure des plus simples: il suffit dit-il, quun
Comité indépendant formé dhommes libres reconnus
pour leur intégrité morale et leur probité intellectuelle
soit constitué pour définir la tâche de la Conférence
Nationale, à en fixer la durée et à statuer sur la
Participation des assises. Une fois encore, Edem KODJO aligne de belles
phrases qui ne veulent rien dire. En effet, un Comité indépendant
par rapport à quoi ? Aussi bien du RPT que de lopposition.
De qui détiendra-t-il ses droits ? Se formera-t-il par cooptation,
et selon quels critères? Mais qui sera linitiateur et de
quel droit ? Des hommes libres par rapport à quoi etc ? Il ny
a là rien que du flou.
Il nest pas nécessaire dêtre devin pour prévoir
ce qui pourrait se passer si jamais cette Conférence se tient.
De nombreux opportunistes se sentiront brusquement la vocation de fondateurs
de Partis politiques, afin dêtre représentés.
Il va être naître ainsi une flopée de Partis politiques
dautant plus tonitruants que pas représentatif et sans programme
sérieux, qui voudront occuper la scène. Cela va être
un vaste grenouillage, un lieu de magouilles à linfini, hors
de la lutte réelle. Edem KODJO pourra-t-il manoeuvrer pour en sortir
vainqueur?
Rien nest moins sûr. Noublions pas surtout que, grâce
au fameux «Grand Pardon», EYADEMA et ses acolytes pourront
disposer de tout le magot quils ont accumulé après
23 ans de vol et de détournement au détriment du Peuple.
Ils ne se priveront pas de sen servir pour corrompre les gens encore
peu conscients (ils sont encore nombreux), créer des RPT bis ou
avec dautres appellations, dautant que « Tous les Togolais
sans exception, de lintérieur et de lextérieur,
doivent avoir la possibilité et la liberté dapporter
leur contribution et faire valoir leur point de vue par une Participation
effective» dit Edem KODJO. Et il y a toujours larmée
dont Edem KODJO ne nous dit pas comment la Conférence peu la soustraire
du commandement dEYADEMA ni comment elle pourrait lui faire perdre
sa vocation de force répressive anti-populaire.
Pour nous, ce nest pas un hasard si, du Zaïre au Gabon,
de la Côte dIvoire au Bénin, lOuverture démocratique
ou la Conférence Nationale se sont toujours soldées par
le maintien au pouvoir des autocrates devenus désormais intouchables
grâce au «Jeu démocratique». Il ny a dailleurs
rien de nouveau. Le «multiPartisme» sénégalais
est un exemple qui remonte déjà à plusieurs années.
Inauguré par Senghor, il se poursuit avec Abdou DIOUF: le Parti
dominant reste toujours au pouvoir, les multiples Partis dopposition
éternellement dans lopposition jouant le rôle de caution
démocratique pour un système qui, quant au fond, na
pas changé.
Il ny a quau Bénin que le même scénario
ne risque pas de se répéter.
En effet, lensemble des forces démocratiques, qui ont
porté leur travail dorganisation et de mobilisation à
un degré supérieur, en sunissant au sein dune
Convention du Peuple (Octobre 1988) a perçu à temps quune
telle conférence visait en fait à entraver la montée
des luttes (100.000 manifestants à Cotonou le 8 décembre
1989 ; Kérékou lapidé et battant en retraite, des
affrontements portant dans le pays
), en transportant celles-ci sur
le terrain de la discussion, en les entraînant vers le compromis.
Des instructions précises avaient été données
en ce sens par lElysée, qui furent interceptées et
publiées.
Ainsi, ces forces non seulement se sont abstenues de Participer à
cette Conférence évitant de se lier les mains, de se faire
les complices de la démobilisation des masses face à ses
ennemis, mais elles lont ouvertement dénoncée. Comme
elles ont dénoncé lun des maîtres duvre
de cette manigance, M. DOSSOU Robert, un proche collaborateur de lautocrate
KEREKOU et de longue date, venu se faire délivrer un certificat
de démocratie à la faveur du dernier procès politique
à Lomé. Chez nous les forces continuent leur travail méthodique
dorganisation et de mobilisation en vue des affrontements décisifs
futurs. Nous dirons seulement que les compatriotes ont tout intérêt
à sinformer sur la situation réelle au Bénin.
Pour en finir avec Edem KODJO, nous constatons avec une grande
satisfaction que la vie dans sa réalité est en train de
mettre en pièces sa belle construction politique, de déjouer
tous ses plans; dune part le pouvoir autocratique, par sa pratique
de tous les jours (et il est encore en train den administrer la
preuve notamment à Bè, à Tsévié, à
Sokodé, à Mango
où ses hordes armées
se sont déchaînées contre les travailleurs et le Peuple)
qui nentend dialoguer quavec un Peuple soumis, esclave ; mais
dautre part, le Peuple qui se redresse, répond au coup pour
coup et se convainc de plus en plus, de par sa propre expérience,
que les acquis quil a pu obtenir sont le résultat de luttes
sur le terrain. Et il ne fait aucun doute que M. Edem KODJO sera très
bientôt dépassé par les faits, sil ne lest
déjà. Pour le plus grand bien du Peuple togolais !
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