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Comment ils continuent de travailler contre l’émancipation populaire !

27 avril 1958 – 27 avril 1991 ! A 33 années d’intervalle, c’est la même trahison de la bourgeoisie, après une victoire éclatante du Peuple togolais .

Le 27 avril 1958, le Peuple togolais remportait haut la main les élections générales qu’il avait réussi, par des luttes héroïques et des sacrifices immenses, à imposer au colonialisme français.

Le 27 avril 1958, le colonialisme français était vaincu, et cette victoire populaire ouvrait les perspectives d’un pays véritablement indépendant et souverain, d’une société de progrès. Mais cette perspective exaltante a été trahie par des faux amis, la fraction de la bourgeoisie compradore et des gros propriétaires fonciers qui s’était hissée à la tête des masses et des luttes anti-colonialistes, et ne visait qu’à se servir de ces luttes pour passer un compromis avec l’impérialisme français, afin de pouvoir diversifier ses liens de dépendance. On a abouti ainsi à une indépendance purement nominale, à la consolidation, sous la forme néo-coloniale, de la domination impérialiste que nous subissons encore jusqu’aujourd’hui.

Le 27 avril 1991, l’autocratie moyenâgeux d’Eyadéma, vaincue par le Peuple en lutte, était à terre. Eyadéma était groggy, K.O. debout, et cela se voyait à plusieurs signes révélateurs, visibles:

*’hymne national auquel s’était toujours farouchement opposé, a repris droit de cité, et le despote doit se résoudre non seulement à rétablir le 27 avril comme fête nationale, mais à le fêter lui-même malgré lui;

*inversement, le 13 janvier, date symbole et fétiche de son usurpation du pouvoir, est aboli de fait ;
*Sylvanus Olympio, sujet tabou, est réhabilité;

*l’autocrate Eyadéma, jadis habitué à parader à Lomé, ne peut plus circuler en ville sans une forte escorte. Son discrédit, son rejet est total de la part des masses qui n’hésitent plus à le brocarder ouvertement, à le représenter sur les murs sous des traits les plus grossiers; celles-ci débaptisent les édifices publics et les rues, tentent de déboulonner les statues du dictateur ; elles le lapident;

*l’Animation est réduite à sa plus simple expression, les manifestations à la gloire de la Calamité Nationale disparaissent;

*à Lomé comme à l’intérieur du pays, les symboles et les représentations de l’Etat sont devenus des cibles privilégiés; commissariats, gendarmeries sont attaqués et incendiés ; les représentants locaux du pouvoir (préfets, sous-préfets…), les agents de l’autorité (policiers, gendarmes…) sont en fuite, ou se terrent ; même les ministres ne sont pas à l’abri de la fureur populaire, et parfois ne doivent leur salut, comme leur chef de file Eyadéma, que dans la fuite et dans la débandade ; même privés de passeports (confisqués par le despote), beaucoup de ces ministres sont aux aguets , attendant la moindre occasion pour fuir le pays ;

*traumatisés par le spectre du scénario du Mali de Moussa Traoré, et des horribles massacres de la lagune de Lomé, frappés surtout par la ferme détermination des masses populaires, de nombreux soldats des FAT se posent des questions : désappointés;

*dans les bureaux de la Fonction Publique, on ne travaille qu’au ralenti, et les grèves se succèdent aux grèves; les lois et les ordres du gouvernement ne sont plus exécutés;

*des quartiers populaires de Lomé et la ville de Kpalimé sont interdits à la police et se sont eux-mêmes pris à leurs propres charges. Bref, il ne fait aucun doute que le souhait ouvertement exprimé par le Peuple togolais, l’objectif qu’il assigne à sa lutte, c’est de se débarrasser au plus tôt de l’autocratie. D’ailleurs pour matérialiser cette réalité, beaucoup se comportent déjà comme si le despote n’existait plus, avait disparu de la scène politique. Ils l’ont précisément montré dans leur manière de célébrer ce 27 avril dans la rue, en boycottant les cérémonies officielles, en abandonnant Eyadéma et sa bande tout seuls dans un stade absolument désert.

L’aboutissement logique des luttes des masses populaires, le seul objectif qui soit à la hauteur des sacrifices consentis, c’est à l’évidence: la démission, de gré ou de force d’Eyadéma et de son bras armé, le va-t-en-guerre contre le Peuple, le général Améyi ;

*le jugement par le Peuple de l’autocrate et ses complices, lesquels doivent rendre compte et rendre gorge. En allant dialoguer avec ce tyran tellement groggy, K.O. debout, tellement vomi que même les masses ne veulent plus le sentir, (sinon que pour lui demander des comptes, sur sa gestion, ses crimes, ses abominations), en proposant d’aller s’asseoir à la même table que ce bourreau aux mains encore pleines de sang du Peuple, la grande bourgeoisie, la bourgeoisie libérale et la couche supérieure de la petite-bourgeoisie coalisées au sein du FOD, trahissent une fois de plus les intérêts du Peuple et le sens de sa lutte.

Mais avec le mot d’ordre de grève générale illimitée qu’ils viennent de lancer, ces bourgeois non-au pouvoir risquent en plus d’entraîner le Peuple au devant de gros dangers. Par ce mot d’ordre, ces faux amis du Peuple semblent rejoindre les positions des forces révolutionnaires, en Particulier du PCT, et répondre ainsi au vœu et la volonté ouvertement exprimés des masses populaires. Mais ce n’est là qu’une apparence qui dissimule en fait leur totale irresponsabilité, et leur opportunisme. En effet, c’est un mot d’ordre lancé de manière bureaucratique et précipitée, par les tenants de la fameuse «CNS», ces Partisans de tractations au sommet avec le tyran, et qui jusqu’ici n’ont cessé de prôner la réconciliation, le «Grand Pardon» au bourreau ; des gens qui, au nom de la «non violence», de la «transition pacifique», ont par conséquent œuvré à désarmer le Peuple, à l’arrêter dans son élan révolutionnaire tout en légitimant et en confortant l’autocratie, en lui accordant un répit pour se ressaisir, sous les conseils notamment du sinistre Jean Colin, sous prétexte que le départ d’Eyadéma «créerait un vide politique», qu’il est «le seul à pouvoir conduire la transition démocratique». Position que leurs divers représentants et organisations (associations diverses, FAR, FOD…) ont toujours défendue, alors que le pouvoir autocratique n’a cessé de porter de mauvais coups au Peuple (tueries de Lomé, de Tsévié, cadavres de la Lagune…).

En lançant sans crier gare un tel mot de «grève générale illimitée jusqu’à la démission du Chef de l’Etat», nos «opposants» prennent soin d’assurer en même temps qu’ils sont prêts à arrêter le mouvement en cas d’accord sur la «CNS». A l’évidence, les auteurs de ce mot d’ordre sont incapables de choisir entre une simple grève de pression sur l’autocratie et une grève de rupture, voire une grève insurrectionnelle. En fait, ce mot d’ordre n’est que le résultat de la surenchère de la couche supérieure de la petite-bourgeoise (qui selon sa tendance congénitale en présence), et de l’incapacité de la fraction non-au pouvoir à se démarquer franchement, à rompre radicalement avec la fraction de la bourgeoisie au pouvoir. Ceci ne peut que semer une dangereuse confusion au sein Peuple.

Les jongleries de ces bourgeois non-au pouvoir longtemps nourris pour la plupart au sein du réactionnaire Parti-Etat-RPT, s’expliquent par le fait que, loin de servir et de défendre le Peuple, ils ne visent qu’à profiter des luttes populaires pour se poser en «interlocuteurs valables» face à l’autocrate avec lequel les «rencontres se déroulent dans une atmosphère de courtoisie », et face à l’impérialisme. Leurs objectifs divergent fondamentalement de ceux de «la rue», de «l’opposition radicale» c’est-à-dire du Peuple travailleur et des jeunes, car eux ne visent que la satisfaction de leurs ambitions personnelles, égoïstes, et non la réalisation des justes aspirations populaires.

Le PCT a toujours clairement déclaré que le départ du despote Eyadéma et de son complice Améyi était un préalable à un processus de changement démocratique véritable, et que ce changement qui doit embrasser les structures politiques, économiques, sociales… du pays, ne se ferait jamais de façon pacifique. Tout en s’en tenant à cette position, le PCT réaffirme avec force que la tâche primordiale de l’heure c’est de travailler à réunir les conditions de ce changement, ce qui passe par le renforcement des organisations démocratiques et révolutionnaires des masses, lesquelles sont seules à même de réaliser ce changement en leur propre faveur.

C’est pourquoi le Parti Communiste du Togo appelle les travailleurs et le Peuple à redoubler de vigilance, à se démarquer de ces faux amis qui maintenant qu’ils sont dans l’impasse, veulent les entraîner à leur suite. Ils les appelle à se joindre à lui, à rallier leurs organisations de lutte pour renforcer le juste combat pour la démocratie véritable, et à s’opposer aux ingérences des puissances impérialistes dans nos affaires intérieures, et à toute tentative putschiste, obstacles à leur combat libérateur.


Lomé, le 2 juin 1991
Le Parti Communiste du Togo (PCT)


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