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Putsch manqué ou démonstration de force et intimidation?

Lomé, le 1 octobre 1991
Le Parti Communiste du Togo

Des militaires putschistes viennent par deux fois d’occuper la radio et la télévision nationale. Ils ont ouvertement défié le gouvernement de transition, exigé sa démission ainsi que la dissolution du HCR, mis en cause les récentes nomination à la tête des FAT, et réaffirmé bruyamment leur fidélité à l’autocrate Eyadema, la calamité nationale. Puis sur invitation de ce dernier qui à cette occasion, montrait une fois de plus qu’il était le véritable chef de l’armée, mais face surtout à la mobilisation de la «rue», du Peuple qui n’a pas hésité, une fois encore, à les affronter au prix de plusieurs morts et blessés, ils ont regagné leurs casernes. Ainsi une fois de plus le sang du Peuple a coulé ! Mais notre Premier Ministre, pourtant Ministre de la défense, n’a «souverainement» inquiété aucun de ces massacreurs.

Tout ce qu’il a trouvé de mieux à faire, c’est de proposer une commission d’enquête parlementaire. Encore une ! Pour situer les responsabilité de ces nouveaux massacres va-t-elle finir comme les précédents ? Ou les dirigeants du gouvernement de transition vont-ils cette fois-ci châtier les coupable, ou une fois encore enterrer cette affaire au nom de «réconciliation nationale» et les bla-bla à effets du genre «le sang ne doit pas couler sur la terre de nos aïeux», «patience, 9 mois ce n’est pas long… Eyadema a déjà perdu tout le pouvoir !» ? Alors qu’il est clair comme nous le voyons tous que rien d fondamental, suite à fameux CNS n’a changé, et que le despote sanguinaire Eyadema est toujours là, ainsi que son système, tous ses hommes, tout son arsenal de répression contrôlant l’essentiel du pouvoir, narguant de surcroît tout le monde. Comme on le sait, le propre des libéraux, c’est de tergiverser indéfiniment et continuer de vendre chaque jour la révolution, les acquis du Peuple, jusqu’au jour où ils finissent par se vendre eux-mêmes et se faire massacrer.

Ils est vrai que contre toute vraisemblance, Koffigoh s’accroche à la version qui attribue le coup de force seulement à quelques militaires rebelles commandés par le sinistre Djoua, récemment «démis» de ses fonctions de commandant de la FIR (force d’Intervention Rapide), et qui aurait agi de son propre chef. Mais à qui ferait-on croire qu’un affidé du despote, tel Djoua ait pu prendre une initiative aussi grave sans avoir reçu le feu vert et des assurances ? Qu’un officier sans commandement ait pu donner et faire exécuter ses ordres sans rencontrer de résistances ? Mieux, une demi-heure après l’ordre donné par le Premier Ministre de «mater les rebelles», c’est au tour des «bérets verts» de défier eux aussi le gouvernement, en venant occuper la radio et la télévision nationale. Garde présidentielle qu’il avait pourtant déclarée dissoute!

Par ailleurs, l’objectif de ces militaires putschistes ne semble pas être la prise du pouvoir d’Etat; en effet, après avoir exigé la démission du gouvernement, ils n’ont pas cherché à se saisir des Ministre, ni à investir les postes stratégiques. Tout cela ressemble fort à une manœuvre d’intimidation doublée de provocation. Il ne fait aucun doute que le commanditaire de ce coup, le chef d’orchestre n’est autre que l’autocrate Eyadema lui-même. Et que son absence de Lomé durant les évènements rentre dans la tactique qu’on lui connaît depuis longtemps: celle de s’éloigner pour jouer les innocents, lorsqu’il prépare un coup tordu contre le Peuple.

Le but poursuivi par cette manœuvre est clair : montrer et confirmer que c’est lui le véritable maître de la situation, que c’est lui qui contrôle l’armée, que les décisions de la CNS n’ont aucune prise sur lui, et qu’il peut en disposer comme il l’entend ; signifier que personne ne mérite mieux que lui d’être à la tête de l’Etat pendant la période de transition et même au-delà, parce que seul à même de « calmer l’armée », de lui faire entendre raison et d’éviter ainsi la «guerre civile». Par conséquent obliger le HCR à réviser la copie de la CNS, plus précisément les dispositions à l’écarté du pouvoir, à empêcher sa candidature aux prochains élections présidentielles. Ainsi Eyadema continue dans son attitude de défiance qui a été la sienne face à la CNS. Il tient une épée de Damoclès suspendu au-dessus du gouvernement de transition et du HCR qu’il tient en otage : telle est la signification de ce dernier coup monté par l’autocrate Eyadema, et dont le Peuple a encore fait les frais. Ces événement tragique confirment hélas, nos analyses et nos craintes

En effet, depuis qu’il s’est mobilisé pour défendre dans la rue, affronter la machine de répression autocratique le Peuple togolais n’a cessé de montrer la voie pour conquérir et défendre la liberté et la démocratie, prouvé que la meilleure défense, c’est l’offensive sans répit contre le pouvoir oppresseur. Et précisément le Peuple, par sa lutte incessante, et ses sacrifices, avait acculé l’autocratie à la défensive, terrassée, vaincue. Mais alors qu’il ne restait plus qu’à lui porter l’estocade finale, en portant la lutte populaire à un degré supérieur, les faux amis du Peuple que sont les Agboyibo, les Kodjo, les Koffigoh, les Gnininvi, par leur recherche constante du compromis avec l’autocrate, se sont évertué à fournir à celui-ci l’occasion, le répit nécessaire pour se ressaisir, pour se remettre en selle et porter de nouveau coups contre le Peuple.

Telle a été la politique de la bourgeoisie libérale et de la petite bourgeoisie intellectuelle depuis le FAR, et cette politique a reçu sa consécration à la CNS, placé sous le signe de la Bible et du Coran, du grand pardon, de la «réconciliation entre tous les Togolais», c’est à dire entre oppresseurs et opprimés, entre bourreaux et victimes. Eyadema est entrain de démontrer une fois de plus ce à quoi aboutissent de telles illusions. Sous prétexte «d ‘éviter la guerre civile, les affrontements tribaux », les faux amis du Peuple ont permis à l’autocrate de reprendre des forces, d’accroître sa capacité de résistance, donc à préparer et à déclencher cette guerre civile qu’ils prétendent éviter, mais dans des conditions moins favorables pour le Peuple.

Au moment où nous mettons sous presse, nous venons d’apprendre, par la bouche de Gnininvi, que le gouvernement était au courant, deux jours auparavant, de cette tentative putschiste. Si tel est le cas, alors une question se pose: pourquoi, faute de pouvoir prendre des mesures préventives, parce que ne disposant d’aucune autorité réelle sur l’armée, le Premier Ministre n’a-t-il pas au moins alerté le Peuple, pour ce dernier puisse se préparer, prendre des précautions ? Illustration vivante, une fois de plus, de l’indifférence de ces bourgeois et petit-bourgeois quant au sort du Peuple. Mais le Peuple quant à lui, par sa prompte réaction, vient de montrer une fois de plus l’unique voie à suivre : à savoir qu’on ne peut venir à bout de plus de 23 ans de pouvoir aussi fascisant que celui du despote Eyadema par de simple lois, que les meilleurs lois restent des phrases creuses, si elles ne s’appuient pas sur les rapports de forces favorables, et que la liberté et la liberté et la démocratie ne se conquièrent pas par de simple décrets, mais par la lutte ferme, vigoureuse.

A l’instar de ce qui se passe à Haïti, ou l’armée duvaliériste «macoute» vient, par un coup d’Etat (septième en cinq ans !) de renverser un président démocratiquement élu, et de prendre le pouvoir, le Peuple Togolais ne connaîtra ni la liberté, ni la démocratie tant que l’appareil d’Etat autocratique ( avec ou sans Eyadema), ne sera pas détruit de fond en comble, et tant qu’on n’aura pas bâti sur les ruine de ce dernier un Etat nouveau, démocratique. Le PCT appelle le Peuple a continuer dans cette voie, à renforcer ses organisations, et à porter la lutte à des degrés plus hauts jusqu’à la chute de l’autocrate, condition préalable pour l’avènement d’une République Démocratique Moderne.

Lomé, le 1 octobre 1991

Le Parti Communiste du Togo

 


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