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Déclaration du Parti Communiste sur la situation politique actuelle au Togo

Lomé, 18 avril 2005

A ceux qui prétendaient que la disparition de Gnassingbé Eyadema suffirait à faire disparaître par enchantement son régime d’oppression, et qui n’ont cessé de prêcher la patience et l’attentisme au Peuple togolais, la situation actuelle oppose le démenti le plus cinglant: comme il fallait s’y attendre, la mort du tyran n’a pas mis fin à la tyrannie, au contraire.

En effet, le putsch militaire qui a mis Faure Gnassingbé au pouvoir dès le 5 février, avec la complicité d’une chambre de députés et d’une Cour constitutionnelle aux ordres, le traficotage continu de la constitution, la répression contre la presse écrite et audiovisuelle privée et contre les manifestations populaires, la réquisition des préfets et des chefs traditionnels sommés de fournir des contingents pour des marches de soutien au pouvoir, tout cela fait partie du déjà vu, et confirme bien que c’est toujours la même dictature anti-populaire militaire et néocoloniale qui perdure.

La démission de Faure Gnassingbé le 25 février dernier n’a rien changé. Cette démission, qui d’ailleurs manifestement n’est qu’une fiction, le «président officiel» Abass Bonfoh n’étant en fin de compte qu’un simple paravent, a surtout eu pour conséquence d’offrir aux syndicats des potentats néocoloniaux africains, aux organismes de domination néocoloniale tels que la CEDEAO , l’O.I.F , et naturellement à l’impérialisme français, le prétexte attendu pour affirmer ouvertement leur soutien à un apprenti dictateur. On a ainsi occulté le fait que Faure Gnassingbé, complice d’une tentative putschiste, aurait dû se retrouver devant les tribunaux, et non parmi des candidats à une élection présidentielle. Par ailleurs, le prétendu retour à la légalité constitutionnelle n’a été que le voile qui a servi à camoufler tout le reste, et en particulier pour consacrer les dispositions frauduleuses (notamment les tripatouillages de la constitution néocoloniale et du code électoral) mises en place de son vivant par l’autocrate pour prolonger son pouvoir et assurer sa succession. On a donc laissé à un clan putschiste, non seulement le soin d’organiser l’élection présidentielle, mais de la réaliser à des conditions voulues par ce dernier.

Jean-Pierre Fabre (UFC ), un des grands ténors de «l’opposition radicale» de la démocratie par la négociation et par les urnes prétend qu’il s’agit d’une erreur de la CEDEAO qui serait «incapable ou impuissante» à exécuter sa mission. Une «erreur» qui par hasard ne profite qu’au clan Gnassingbé ! Il faut vraiment vouloir se boucher les yeux pour le croire. En fait, cette explication procède de la volonté délibérée, propre à tous les faux amis du Peuple, de cacher la réalité sur ce qu’est la CEDEAO, une institution néocoloniale dont les membres, valets de l’impérialisme français pour la plupart, sont déjà acquis à Faure Gnassingbé; un organisme instrumentalisé par l’impérialisme français qui, comble d’hypocrisie, a beau jeu d’affirmer qu’il «se conforme aux décisions de la CEDEAO»

Depuis plusieurs mois, nous n’avons cessé d’attirer l’attention et la vigilance de l’opinion sur les diverses manœuvres de la France pour tenter de trouver à la place d’un Eyadema trop décrié, un autre valet susceptible de pérenniser ses intérêts impérialistes: Nous avions alors dénoncé comme faisant partie de ces manœuvres, la remise en selle de Edem Kodjo, l’épisode grotesque d’un Agboyibo jouant les Mandela au petit pied, le couple Agbeyomé-Péré, «réformateurs» du RPT .

L’impérialisme français, rappelons-le, demeure l’impérialisme dominant dans notre pays et c’est Eyadema qui a largement contribué à renforcer ses intérêts, notamment sur le plan économique. Ainsi, suite à la braderie, la privatisation, par le clan Gnassingbé des sociétés d’Etat telle que la Régie nationale des eaux et la Compagnie d’Energie Electrique du Togo (C.E.E.T) au profit du groupe Elyo, filiale de Lyonnaise des Eaux, la France est aussi le principal fournisseur du Togo auquel elle exporte du matériel électrique, électronique, des produits pétroliers raffinés et pharmaceutiques. Ajoutons à tout cela la main mise de France-Télécom sur le secteur de la télécommunication du pays. Dans le secteur Bancaire, la BNP-Parisbas dispose de plus de 53 % des actions de la Banque Togolaise pour le Commerce et l’Industrie (B.T.C.I). Nous rappellerons également la part importante prise par le régime Eyadema dans les récentes mesure de redéploiement militaire français sur notre continent, et le rôle de Eyadema comme garçon de course de la France dans divers conflit régionaux. La mort du tyran est survenu à un moment où, avec l’enlisement de ses troupes d’agression en Côte d’Ivoire, le Togo prenait une place encore plus importante pour l’impérialisme français comme base arrière et de repli dans son dispositif de domination dans la sous région. N’ayant pas réussi à trouver un remplaçant à Eyadema du vivant de ce dernier, l’appui sur le clan Gnassingbé lui apparaît comme un gage de stabilité pour ses intérêts. C’est dans ce sens qu’il a mobilisé ses valets et ses complices de la CEDEAO et de l’OIF.

Le putsch du 5 février et la démission de Faure Gnassingbé ne sont, ne peuvent être un fait du hasard, ni le résultat d’une quelconque improvisation. Cela ne cadre pas avec le profil d’un homme dont on sait depuis plusieurs mois qu’il se préparait à succéder à son père. Le «toilettage» c’est-à-dire la réfection sur mesure de la constitution néocoloniale de septembre 1992 et du code électoral (abaissement de l’âge requis pour être président, critère de résidence, scrutin à un tour), participait justement des dispositions prises pour porter Faure Gnassingbé à la présidence à la disposition du tyran. Le régime aurait pu compléter tout cela par une de ces élections truquées dont il a l’habitude, mais il a préféré recourir d’abord à un putsch d’une brutalité et d’une grossièreté défiant toute imagination. Pourquoi ? C’est que ce coup de force, et la démission qui l’a suivi sont les deux scènes d’un même scénario qui visent le même objectif: il s’agit de montrer à travers cette démission, que Faure Gnassingbé est bien différent de son père, et qu’au contraire de ce dernier, il sait écouter «la communauté internationale» bref, qu’il peut donc «jouer le jeu démocratique» cher à un Gnininvi, et qu’il est digne d’être candidat à l’élection présidentielle. Il s’agit d’amener par là les grands manitous de l’opposition dite démocratique à mettre en sourdine leur critique contre le «toilettage» de la constitution néocoloniale de septembre 1992 et les traficotages du code électoral, et ainsi, non seulement à contribuer à la légitimation de la candidature de Faure, mais aussi à lui garantir l’impunité en tant que putschiste.Il faut croire que les auteurs de cette manœuvre ont obtenu ce qu’ils souhaitaient.

En effet, face au putsch, la bourgeoisie togolaise non-au-pouvoir, rassemblée au sein de l’opposition dite démocratique a fait grand bruit pour exiger «le retour à la légalité constitutionnelle» ! Prétendre qu’il y ait jamais existé sous l’autocratie une quelconque légalité constitutionnelle -à laquelle il faudrait revenir-, il faut oser ! En réalité, cette «exigence» apporte seulement la confirmation, une fois de plus, que les dirigeants de l’opposition dite démocratique sont prêts à accepter un rafistolage du système, parce qu’ils en partagent les valeurs, qu’ils en font partie, bref, qu’ils sont effectivement des faux démocrates et des faux amis du Peuple.

A cet égard, la présence d’un Gnininvi, un ténor de l’opposition dite radicale aux obsèques du tyran Eyadema, est tout un symbole. C’est pourquoi l’annonce de la «démission» de Faure Gnassingbé fut accueillie avec un grand soulagement chez ces partisans indécrottables du dialogue et de la conciliation avec l’autocratie. Les voilà pris d’une véritable frénésie électoraliste. Ils proclament partout que la candidature unique est devenue la question clé, et la solution à la situation, et que peu importe que Faure se présente aux élections, puisque grâce à un candidat unique, il sera certainement battu. Pire, sans avoir obtenu un quelconque «accord politique» pour discuter des conditions d’organisation d’élections libres, transparentes et démocratique que demandait Jean-Pierre Fabre (UFC), ils s’empressent de désigner, au nom de «l’opposition radicale» ce candidat unique en la personne de Bob Emmanuel Akitani. Toujours partisan du grand écart, La CDPA-BT qui, il y a quelques temps encore, faisait la distinction entre l’opposition officielle et l’opposition populaire, se rallie. On laisse même entendre que deux ans après l’élection de Bob Emmanuel Akitani, celui-ci démissionnera, et l’on procédera à une réforme constitutionnelle qui permettra aux «vrais candidats» de se présenter.

Ainsi, une fois de plus la bourgeoisie non-au-pouvoir, les faux amis du Peuple ont fait fi de toutes les expériences malheureuses que le Peuple a accumulées en matière de mascarade électorale sous l’autocratie. Ils ont semé des illusions sur l’appui de la CEDEAO et de l’organisation internationale de la francophonie (l’O.I.F), en faisant silence sur la nature néocoloniale de ces institutions manipulées par l’impérialisme français. Ce faisant, ils ont une fois de plus joué le rôle qui leur est dévolu, celui de servir d’éteignoirs et de sapeurs pompiers des luttes populaires, celui de canaliser ces luttes vers une issue électoraliste. C’est seulement maintenant, après s’être plongé avec précipitation dans la fièvre électoraliste, qu’ils trouvent que le processus est vicié et que les dés sont pipés. Ils s’étonnent de l’attitude de la CEDEAO dont les menaces de sanction (d’ailleurs très vite levées évidemment) n’avaient pour but que de se donner une certaine crédibilité pour mieux apporter leur soutien au clan Gnassingbé, ils se montrent déçus du silence de l’Unité Africaine (U.A.).

En fait ils ne font qu’étaler leur inconséquence. L’élection présidentielle du 24 avril n’est qu’une nouvelle mascarade destinée cette fois-ci à cautionner la prise du pouvoir de Faure Gnassingbé, à donner un cachet de légalité au coup de force du 5 février 2005. Ce n’est qu’un piège grossier tramé par les tenants de l’autocratie et leur maître, l’impérialisme français. Ces derniers ont déjà préparé l’argument d’ailleurs éculé qui leur servira à expliquer leur prétendu succès en fait à masquer leurs tripatouillages, c’est l’argument déjà éculé de la division de l’opposition… Mais du point de vue de la démocratie, cette élection est un non événement qui ne représente aucun enjeu: elle met seulement en présence deux fractions rivales de la bourgeoisie toutes deux réactionnaires, pro impérialistes et sans principes, la seule différence étant que l’une entend continuer à monopoliser le pouvoir et que l’autre veut y accéder.Certains faits récents confirment bien qu’entre ces deux fractions bourgeoises, revêtent une importance significative:• c’est notamment la présence de Gnininvi aux obsèques du tyran, geste prétendument républicain mais qui bafoue le principe politique selon lequel toutes les morts n’ont pas la même signification. Soit dit en passant, c’est le même Gnininvi qui va rencontrer l’apprenti putschiste Faure à Ouagadougou:

• c’est ce cri de cœur d’un Agboyibo qui, dans sa quête du pouvoir, se montre plus disposé que jamais à mieux se vendre à l’impérialisme français, et qui affirme crûment que «la France s’est appuyée aussi longtemps sur le clan Eyadema Aujourd’hui elle doit comprendre qu’il y a une nouvelle génération qui peut défendre ses intérêts au Togo». Qu’il y ait incompatibilité entre la démocratie et la défense d’intérêts étrangers, Agboyibo n’en a cure, alors que le Peuple en est de plus en plus conscient. A titre d’exemple, on a pu observer, lors de la manifestation du 19 février notamment, ce décalage entre les sentiments du Peuple et le discours de ces leaders: alors que les manifestants manifestaient leur haine de l’impérialisme français aux cris de «A bas la France ! Chirac voleur !»; les dirigeants de l’opposition dite démocratique continuaient leurs discours sur «la France puissance amie» !

Nous remarquerons par ailleurs que les deux dirigeants sus nommés font partie de l’opposition réputée radicale, et que cependant aucune voix ne s’est élevée au sein de celle-ci pour condamner le geste et les paroles de Gnininvi et d’Agboyibo. Il est donc, clair que même une victoire d’ailleurs peu probable de celle-ci ne changerait rien à la situation.
Le Peuple togolais n’a rien à attendre de ce nouveau cirque électoral auquel se livrent le clan Gnassingbé et les faux amis du Peuple. Le courage et la détermination dont font preuve actuellement les masses populaires, à travers leurs diverses manifestations, face à la soldatesque et aux milices du régime. -Courage et détermination que le Parti Communiste du Togo tient à saluer-, sont la preuve de leur volonté d’en finir avec ce dernier, de se libérer du joug de l’impérialisme français, et elle ne tarderont pas à se convaincre que les agitations électoralistes ne sont en faites qu’une diversion et la traduction d’une politique de conciliation vouée à l’échec.

Seule l’insurrection populaire, sous la direction suprême du Parti Communiste, en détruisant de fond en combles ce régime abhorré peut ouvrir la voie à l’instauration de la libération et de la démocratie.

Lomé, le 18 avril 2005

Le Parti Communiste du Togo

 


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